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1. Prémices et objectifs du Grand Set:

Florian éprouve des difficultés scolaires importantes; plutôt introverti, perdu dans une classe de 24 élèves, il avance peu. Aaron a souvent du mal à se mettre au travail.

Guillaume se montre intéressé par une multitude de sujets

et il voudrait avoir le temps d'en approfondir certains; Logan attend que l'année passe pour rejoindre une filière qualifiante. Kelly ne tient pas en place 50 minutes d'affilé: elle a besoin de bouger, de s'exprimer.  

Yossra est capable de beaucoup, mais elle a peu confiance en elle... Comment répondre à leurs besoins ? À leurs intérêts ?  Comment donner plus de sens aux apprentissages ? Comment créer le désir d'apprendre, l'envie d'avancer ? Comment respecter les rythmes de chacun ? Comment différencier les activités pour que chacun avance ?  Comment fournir une aide individualisée et adaptée tout en les formant à devenir autonomes, responsables et les considérer comme des acteurs de leurs apprentissages ? Changer nos pratiques ? Oui ! Mais seul dans une structure scolaire figée que peut-on faire changer ? C'est dans ce questionnement que le Grand Set est né. Au 1er degré du secondaire, nombreuses sont les différences (de niveaux, de fonctionnement, d'intérêt, etc.) et les inégalités entre les élèves. Il importe donc de les reconnaître, non pas pour   les stigmatiser, mais pour déployer de nouvelles stratégies pédagogiques afin de permettre à tous de progresser à leur rythme et de développer une méthode de travail permettant l’épanouissement au second degré.

Les heures complémentaires (activité français, activité mathématiques, activité langues, activité sciences, mais aussi latin ou dessin par exemple) sont censées permettre la mise en place de méthodes différentes, mais en réalité, le temps impartis à chacune est trop court pour entreprendre un quelconque projet en ce sens. De même, le "saucissonnage" en tranches de 50 minutes n'est pas vraiment propice au développement de pratiques pédagogiques innovantes. De là, est né l'envie de créer un espace-temps scolaire qui permettrait de disposer de plus de liberté, de pouvoir d'action et de développer des pratiques susceptibles d'intégrer davantage tous les élèves à un projet d'apprentissage plus personnel, de respecter les rythmes et les intérêts de chacun et de travailler à la réussite et à l'épanouissement de tous les élèves. Inéluctablement, la construction d'un dispositif susceptible de répondre à de tels objectifs va de paire avec la constitution d'une équipe d'enseignants porteuse, où le soutien et la coopération seraient renforcés et les compétences diversifiées et partagées. Un second objectif était de développer un véritable esprit d'équipe et un espace-temps de liberté commun permettant un travail en interdisciplinarité, des interactions et la possibilité d'intégration des disciplines au service d'un projet commun.

2. Le projet en pratique:

Suite à l’appel à projet de la ministre Madame Simonet, nous avons pu développer un projet du nom de « Grand Set ». Dès septembre 2012, le projet débuta. Pour cette première année, seules les huit classes de deuxième année sont concernées. Concrètement, le dispositif fut mis en place comme suit:

a. Le regroupement des différentes heures imparties aux activités complémentaires en 2ème nous permet de mettre en place un espace de travail d'une journée tous les vendredis de l'année et de constituer une équipe de 10 professeurs agissant dans le Grand Set.

b. Durant cette journée, 10 ateliers chapeautés par dix professeurs sont organisés: l'atelier dessin, l'atelier mathématiques, l'atelier sciences, l'atelier français, l'atelier EPLT, l'atelier latin, l'atelier méthode, l'atelier langues (anglais et néerlandais), l'atelier informatique, l'atelier guidance.

c. L’espace-temps est différent durant cette journée. La sonnerie des 50 minutes qui brise les élans n’est plus prise en compte. L’idée est d’avancer plus à son rythme, pour réussir le module choisi. Cet espace-temps permet également d'entreprendre des activités plus différentes où les élèves sont plus actifs et pour lesquelles l'engagement nécessite du temps (la dissection ou des expériences en sciences; l'improvisation en français ; des rencontres ; des échanges en langues; des visites; la création d'une vidéo ou d'un journal, etc.).  Il permet également aux élèves éprouvant des difficultés de concentration de changer plus souvent d'activité.

d. Dès la fin de la 1ère année, sur base des résultats scolaires, des affinités, des personnalités, des canaux préférentiels, du test des intelligences multiples, des éventuels dyslexiques et autres, nos 163 élèves en 2ème ont été répartis en 40 groupes hétérogènes. Ce choix s'appuie notamment sur plusieurs études mettant en avant des effets d'apprentissage plus importants pour les groupes coopératifs que dans des situations de mise en compétition des élèves ou des dispositifs d'apprentissage individualisés.

e. Au sein des ateliers, une série de modules sont proposés aux élèves.  Ces derniers ont le choix de l'atelier et du module qu'ils souhaitent travailler. Tous ne travaillent pas une même activité en même temps et durant une durée identique. Dans l'atelier sciences par exemple, certains élèves peuvent entamer une recherche sur un ordinateur, d'autres travailler à une dissection au laboratoire, d'autres encore tenter une expérience afin de l'exposer à des plus jeunes. f. Une feuille de guidance par groupe, permet d’évaluer le travail de celui-ci et de le suivre. Les professeurs dans les ateliers valident ou non la production individuelle ou collective à chaque fois que le groupe souhaite changer d'atelier. L’autoévaluation est encouragée.

g. L’espace guidance est le centre de coordination. Quand ils quittent un atelier (après validation de la feuille guidance), les groupes repassent par l’atelier guidance où un professeur les accueille,  vérifie le journal de classe et le cahier de travail (obligatoire en 2ème) et suivant l’avancement des modules, il propose aux élèves de passer dans un autre atelier en tenant compte des disponibilités (maximum 16 élèves/atelier), mais aussi des souhaits.

h. Les professeurs travaillent en équipe. Les matières sont liées à un seul et même thème qui fédère les différentes compétences. Plusieurs thèmes différents rythment l’année: la vie - les catastrophes naturelles - la magie - les métiers - les médias - un grand plan langue.  Souvent, plusieurs ateliers peuvent fonctionner en interaction : « En dessin, je fais le décor pour l’animation théâtrale de français qui sera traduite en anglais ou en néerlandais et corrigée en informatique… ». Plus personne n’est seul et des projets plus importants peuvent se mettre en place.

i. Une plateforme numérique permet aux professeurs de coordonner leur travail, les fichiers préparés sont accessibles en ligne à tout moment. Les sous-groupes d’élèves pourront bientôt avoir également leur espace réservé sur cette plateforme et ainsi gérer des projets à plus longs termes. 

 3. Évaluation du projet:

A ce stade de l’expérience, on peut affirmer que le Grand Set est une réussite. Fin des difficultés à choisir la bonne activité complémentaire et surtout fin des mauvais choix et de la ségrégation qui s'effectuait parfois via les activités complémentaires. Les élèves font plus de « tout » peu importe leur profil ! Notre projet est évalué et ajusté en permanence (c’est nouveau !).  Les activités et les rythmes différenciés stimulent l’ensemble des acteurs, professeurs ou élèves.

Du côté des élèves, une auto-évaluation des sous-groupes suivie d'un entretien a permis de mettre en avant plusieurs effets du dispositif :

- une autonomie grandissante des élèves: les élèves se prennent véritablement en charge; ils organisent leurs déplacements, leur travail; ils proposent parfois des projets et prennent d'avantage d'initiatives.  Un engagement dans les tâches: mis à part deux élèves, tous les élèves déclarent travailler et avoir appris dans le Grand Set.  L'équipe enseignante a également observé un investissement élevé (et même inattendu) dans les différents ateliers.

- un autre rapport au savoir et à l'école: l'enseignement n'est plus frontal et les intérêts et initiatives des élèves sont pris en compte. Les groupes parlent de journées "différentes", "d'oxygène dans la semaine".

- un gain réel au niveau de l'estime de soi des élèves (y compris des élèves en difficultés): globalement, les élèves se disent contents de leur travail dans le Grand Set, ils évoquent l'importance de leur place dans le groupe et arrivent à exprimer quelles sont leurs qualités au sein de ce dernier.  A plusieurs reprises, le groupe a aidé à mettre en évidence les "talents" et qualités individuelles.

- une progression dans la gestion du groupe de travail: si dans plusieurs sous-groupes,  les débuts furent laborieux, après 3 mois, la plupart des groupes ont réussi à s'autoréguler, que ce soit avec l'aide d'un professeur ou seuls. Aujourd'hui, on observe chez les élèves une capacité à gérer des conflits survenant dans les sous-groupes, mais également un renforcement de la coopération et de l'entraide. La plupart des sous-groupes ont établi un mode de fonctionnement visant organiser le travail et à opérer les choix d'ateliers et de modules sans léser personne.

Globalement, la « liberté » accordée par le dispositif du Grand Set fut pointée par plus de 75% des groupes interrogés; le rôle positif du groupe fut évoqué spontanément par 60% des élèves en termes de soutien cognitif, mais également de « richesse » et d'affect. En majorité, dans le discours des élèves, ces deux éléments sont mis en relation avec une plus grande motivation par rapport aux activités. Plusieurs élèves expriment également davantage de soutien et de réponses quant à leurs difficultés.

Néanmoins, la majorité des groupes disent éprouver davantage de difficultés à se concentrer l'après-midi et une dizaine de groupes évoquent une tension entre qualité et quantité du travail à fournir. Très présente en début d'année, cette tension tend à s'estomper. Quant à la concentration plus problématique le vendredi après-midi, nous pensons qu'elle est légitime d'autant que nous estimons que les élèves fournissent un travail important et continu. A ce sujet, nous souhaitions consacrer toute la journée au « Grand Set » (7h), mais le NTPP n’était pas suffisant. Ceci nous aurait permis d’introduire des professeurs d’éducation physique et ainsi ajouter une activité de « défoulement ». Oui, les journées sont très lourdes.  Être en interactivité, à 4, pendant 6 heures, cela consomme une fameuse dose d’énergie. Nous souhaitons améliorer le Grand Set en ce sens dès l’année prochaine. Enfin, il importe de noter que sur l'ensemble des élèves interrogés, seuls 6 élèves ont répondu positivement à la question concernant le souhait d'un retour au système précédent. 

Du côté des enseignants, le fait de pouvoir installer confortablement son matériel pour une journée complète est un bonheur : moins de perte de temps, travail plus efficace et différent. Le travail est conséquent mais moins frontal. Le Grand Set permet davantage de tester de nouvelles méthodes pédagogiques. Pour les enseignants, le rythme diversifié mais soutenu donne l’impression que la journée passe très vite. Les éventuelles situations conflictuelles avec un élève s’apaisent vite car il est toujours possible de changer d’atelier avant les soucis… La collaboration entre professeurs de différentes disciplines s'est intensifiée, même s'il reste du chemin à parcourir: la co-animation et l'intégration des disciplines au service d'une production commune sont des démarches à creuser. Même s'il existe une véritable volonté de l'équipe d'aller en ce sens, comme tout changement, cela prendra du temps d'autant que la « culture enseignante » est particulièrement emprunt d'individualisme. Les difficultés sont principalement d’ordre matériel : l’outil informatique est insuffisant; il en va de même pour un laboratoire de langue, un espace théâtre…  Actuellement, le projet tourne avec des « bouts de ficelle » et beaucoup de bonne volonté.

Dans notre l’école, le Grand Set faisait peur, comme tout ce qui bouscule les habitudes. Finalement, le projet s’est intégré au fonctionnement de l’école. Cette façon de travailler apporte beaucoup de confort : plus de cohérence entre activités et cours socles, moins de conflits, moins d’heures d’étude en cas d’absence de professeur, moins d’enfants abandonnés, plus de facilité pour organiser des journées particulières où École et Cité se redécouvrent. Déjà d'autres écoles se sont montrées intéressées et des échanges ont pu avoir lieu à propos d'une possible adaptation du Grand Set à leur projet pédagogique.

L'équipe se compose de : DE KLERK Virginie (sciences), DUCHESNE Damien (mathématiques), GILLET Christine (dessin),  HENQUET Vincent (sciences/coordinateur Grand Set), LAITEM Angélique (français), MOREAU François (langues modernes), BERBEN Tomy (EPLT), PIRARD Stéphane (latin),  ROBINET Sandra (EDM et psychopédagogue), MAHIEUX JMarc(Informatique).